
Alors que les élections provinciales battent leur plein au Québec, un site Internet comportant des tweets supprimés par des candidats fait son apparition. On peut y lire des propos révoltants sur des thèmes comme l’avortement, l’immigration, la diversité par les candidats Dom Dumas et Myriam Cournoyer. Ce projet est de l’initiative de Nicolas Marcotte, un citoyen qui a utilisé des outils gratuits et l’intelligence artificielle pour mettre de l’avant ce qu’il considère comme des discussions publiques importantes que certains politiciens tentent de glisser sous le tapis pour améliorer leur image.
Nicolas Marcotte, derrière le site Internet cequilsontdit.vercel.app, est habituellement actif en faveur de la mobilité active. Sa création de vidéo sur ses réseaux se démarque par l’utilisation de technologies comme les drones, les caméras 360 pour explorer des sujets comme l’accès au transport en vélo de façon distincte. Il a accepté de répondre à mes questions sur son projet qui sort de son sujet de préférence habituel pour entrer dans les questions sociales et électorales en général.
L’entrevue a été éditée par souci de concision et de clarté par écrit.
RN : Qu’est-ce qui t’a mené à faire un projet aussi décalé que ce qu’ils ont dit?
NM: Le moteur c’est la frustration, tu sais, l’indignation de dire que quelqu’un peut se lancer en politique et juste tout effacer ce qu’il a dit dans le passé, surtout quand ces choses-là sont problématiques, en fait. Dire «moi, je fais tabula rasa de ce que j’ai pu dire. Et puis, j’arrive et tout d’un coup je me présente comme politicien». Donc, en fait, je pense que comme citoyen, comme électeur, on a le droit de connaître les discussions publiques qui ont été entamées par ces personnes-là. Dans le fond, je me suis dit c’est pas juste, ce n’est pas démocratique.
Le moteur c’est la frustration(…) que quelqu’un peut se lancer en politique et juste tout effacer ce qu’il a dit dans le passé, surtout quand ces choses-là sont problématiques.
— Nicolas Marcotte sur son projet d’archive de publications supprimées de politiciens.
Rn: Pour donner une idée de la portée, je pense qu’un de tes dossiers sur Dominique Dumas (aussi connu comme DooMDumas en ligne), qui est très actif sur Twitter, c’est passé de quelque chose comme de 154000 tweets à 4000 tweets (ou publication «X», le site de microblogage ayant changé de nom) . Ce qui est un énorme ménage.

Dom Dumas a passé de 154 000 publications à son compteur Twitter à seulement 4 000 après une vague de suppression de sa part.
NM: Tu sais, c’est des gens qui se lancent en politique en sachant qu’ils ont déjà un following de gens qui savent c’est quoi leurs opinions. Moi je pense que les propos méritent d’être questionnés. Par exemple, quand [Dominique Dumas] dit que le problème par rapport à l’avortement, c’est qu’il n’y a pas un politicien qui a eu du guts. Donc il ramène ça à un courage politique. Moi je me pose cette question là: va-t-il avoir du guts? Moi, j’ai pas ces opinions-là, mais est-ce qu’il va aller aussi loin que ce sur quoi il questionnait les politiciens à l’époque?

La déclaration de Dominique Dumas sur l’avortement est citée avec un contexte sur cequilsontdit.vercel.app
RN: J’aimerais en savoir plus sur le côté technique. Ce site Internet est très facile d’utilisation, très beau aussi. Est-ce que tu as un passé de développeur web, ou est-ce que tu as eu de l’aide?
NM: C’est certain que je ne me cacherai pas que l’intelligence artificielle a ses enjeux, mais ça permet quand même d’avoir des capacités, surtout dans ce type de projet là. C’est un site web, mais en fait c’est plus que ça, on connecte différents services dans un site web. Il y a un index d’un bord, il y a un formulaire de l’autre, puis l’intelligence artificielle permet aux services de bien discuter ensemble. Pour les outils d’archive web, ils va avoir time machine, webarchive.org. Puis, il va y avoir exactement l’adresse du dit tweet, dans le passé. Donc, il y a un point où c’est possible de dire OK, si je sais que le tweet a déjà existé et puis qui n’est plus là, ben je peux aller le chercher là, je peux automatiser cette phase. Au moins, il y a un fil conducteur dans tout ça, là. L’impunité, les réseaux sociaux, nos élus qui cherchent jusqu’à un certain point, des fois, à connecter avec une certaine base [d’électeurs].
L’intelligence artificielle a ses enjeux, mais ça permet quand même d’avoir des capacités, surtout dans ce type de projet là.
— Nicolas Marcotte, créateur de CeQuilsOntDit.
RN: Puis est-ce que tu imagines une utilité de «ce qu’ils ont dit» après les élections?
NM: Je veux m’assurer de ne pas mettre 1 dollar, et de ne pas me faire dire que j’ai mis de l’argent dans une campagne. En fait, c’est pour ça que ça dit .vercel.app. J’aurais pu facilement acheter un nom de domaine. Ce faisant, je me suis dit c’est peut-être pas le bon moment pendant la campagne électorale. Après, ben pourquoi ne pas le continuer? Je veux dire, si c’est quelque chose qui peut se nourrir par lui-même. C’est quelque chose qui peut se nourrir par les usagers. Il y en a un qui dit «moi, je trouve ça intéressant, moi, je sais que telle personne a dit ça.» Et puis vient un point où il va y avoir un arbitrage à faire. Après, si l’on vient avec quelqu’un qui a dit une chose une fois, ben ça peut devenir un autre arbitrage.
RN: Comme on dit dans les bios sur Twitter, retweete n’égale pas encensement.
NM: Après pour la suite des choses, il va falloir que la démarche soit claire. C’est encore à travailler. On sait que les mécaniques d’intimidation sont problématiques pour nos enfants, quand les gens s’écrivent n’importe quoi, et bien, c’est de ramener cette responsabilité-là. Tu sais, si on le demande pour nos enfants, on devrait au minimum le demander pour les politiciens qui votent les lois.
Article écrit d’une main humaine.
