Optimiser son français en entreprise avec l’échelle de correction grammaticale

Évaluez vos ressources en révision linguistique

Un changement de paradigme dans les communications d’entreprises

En entreprises, les politiques de correction grammaticale se sont longtemps limitées à « veuillez ne pas faire de fautes ». Cette instruction est bien floue puisqu’elle indique un but à atteindre sans décrire les moyens pour y parvenir. Pour améliorer la qualité du français d’une équipe, mieux vaut y aller dans le concret : soumettez votre texte à l’équipe de la révision ; faites lire l’article par un collègue avant la publication; passez votre courriel au correcteur automatique avant de l’envoyer. À cette ère des communications écrites instantanées, l’enjeu de l’allocation réfléchie et optimale des ressources de correction linguistique prendra de plus en plus d’ampleur.

En tant que réviseuse et rédactrice, j’ai fixé une ligne directrice de communication virtuelle qui flirte avec le marketing personnel. Le marketing personnel est défini par Wikipédia comme : « le fait de manager les compétences d’une personne, ses valeurs et sa valeur ajoutée pour son entourage, son public professionnel, son positionnement et son image, comme on markète un service ». Pour atteindre mon positionnement souhaité, je dois utiliser une variété de niveaux de langage, selon le contexte. J’utiliserai, par exemple, beaucoup plus de régionalismes, d’emprunts à l’anglais, de smiley, d’onomatopées quand je suis sur Twitter que lorsque je rédige un devis pour un ou une cliente. Nous en arrivons au sujet auquel je m’intéresserai aujourd’hui : le fait de choisir quel niveau de rigueur dans la correction orthographique sera approprié pour la situation. Laissez-moi vous présenter un outil qui m’aide au quotidien dans mes communications : l’échelle de correction grammaticale.

Outil de révision du français écrit au bureau.

Varier la rigueur en correction pour bien distribuer son énergie.

L’échelle de correction que je présente ci-haut n’est pas destinée à se « permettre des erreurs ». Elle a plutôt pour but de faciliter la distribution des effectifs afin que le français le plus soigné soit utilisé là où ça compte.

Pour une entreprise, l’idéal inatteignable serait de constituer une équipe d’une ou d’un éditeur, d’une réviseuse ou d’un réviseur, d’une ou d’un correcteur d’épreuves. Ensuite, cette belle équipe veillerait sur tous les besoins linguistiques : mémos, statuts sur les réseaux sociaux, rapports annuels, courriels internes, etc. Un tel mode de fonctionnement serait cependant particulièrement onéreux et chronophage.

Pour mon entreprise individuelle, j’ai choisi de fixer un standard différent pour chaque production écrite, afin d’optimiser mon temps et mon énergie.

Vous remarquerez sur mon graphique que le travail rémunéré pour mes clients et clientes (représenté à gauche par le signe de dollar) est celui pour lequel je ferai la correction orthographique la plus pointue. Pour ces textes, je travaillerai souvent de pair avec une ou un autre expert linguistique, je consulterai plusieurs ouvrages de référence et je ferai une lecture finale sur papier plutôt qu’à l’écran (ou sur ma liseuse électronique, par souci d’économie d’encre et de papier).

Mon marketing sur les réseaux sociaux, lui, fait l’objet d’une correction plus sommaire. Après tout, dans le cadre de mon marketing personnel, j’y utilise un style d’écriture beaucoup plus près de mon langage parlé. Twitter est bon dernier, complètement à droite, et sera corrigé de la façon la moins rigoureuse. Sur ce réseau social où chaque message est limité à 280 signes, où les échanges sont rapides et où il est impossible de modifier le texte après sa publication, j’ose espérer que les coquilles passagères sont mieux tolérées par la communauté.

Le perfectionnisme en grammaire peut être un frein

Les gens sont peut-être désillusionnés de voir une réviseuse faire le choix de limiter les ressources attribuées à la correction de certains des messages qu’elle publie en ligne. Après tout, ne devrions-nous pas toutes et tous faire tout en notre pouvoir pour écrire sans fautes?

Le mythe du français parfait en toute circonstance se base sur les idées reçues suivantes :

– Que le bon français est simplement de bien orthographier les mots et de bien faire les accords. Plutôt, un français qui se distingue veille aussi à la bonne syntaxe, la bonne typographie, le bon niveau de langage et vocabulaire. La barre est haute, impossible à atteindre sans le temps et l’énergie nécessaires en réserve;

– Qu’il suffit d’une personne bonne en français pour relire rapidement un texte afin qu’il soit impeccable. C’est faux. Même la meilleure réviseuse devra faire plusieurs recherches et faire une lecture lente pour faire son travail. Un texte de 1500 mots pourrait prendre entre une ou deux heures à réviser, s’il est bien écrit dans sa forme originale;

– Que la qualité du français dans un texte passe avant la rapidité de rédaction ou la quantité de mots écrits. Eh bien non. Les attentes sociales envers la qualité du français varient selon le contexte : un message provenant d’une entreprise qui se veut personnel, humoristique et informel pourrait plus facilement utiliser des régionalismes, une typographie imprécise et des emprunts à l’anglais, par exemple.

Intégrez à votre plan de communication les ressources de correction qui seront attribuées à chaque communication.

Au-delà de l’absence de coquilles, qu’est-ce qu’un français riche?

Une communication ayant fait l’objet d’un processus de correction moins rigoureux permet tout de même de présenter les habiletés linguistiques suivantes :

– La connaissance des registres de langages ;
– La faculté de communiquer de façon persuasive ou chaleureuse;
– Le savoir-faire syntaxique;
– La maîtrise d’un vocabulaire juste et riche.

À toujours vouloir prendre le moins de risque possible pour éviter les coquilles sur les réseaux sociaux, on risque d’avoir une voix plus figée, moins personnelle. De plus, c’est en utilisant un vocabulaire et des tournures de phrases ambitieuses que l’on risque de finalement trouver son style d’écriture.

La réviseuse rebelle

Il se trouve qu’en tant qu’experte linguistique et de travailleuse autonome, je souhaite sensibiliser les gens à l’importance d’une vision stratégique de la correction orthographique. Peut-être ainsi que mes clients et clientes potentielles comprendront que faire des fautes n’est pas le signe d’une faille personnelle, mais un phénomène naturel chez des humains qui communiquent beaucoup, sur des thèmes qui stimulent leurs émotions et intellect. Aussi, j’aimerais qu’ils et elles sachent qu’on peut éviter les fautes à condition d’attribuer les ressources et le temps nécessaires pour une correction rigoureuse.

 

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